Écrire son histoire en étant hypersensible

écriture hypersensible

Photographie de Hannah Busing sur Unsplash

On peut être discret, hypersensible, réservé… et pourtant avoir tant à dire.
L’histoire de Karl le prouve.

Karl est hypersensible. Tout l’agresse : les gens, les lumières, les odeurs, les bruits de la ville, un simple courant d’air, tout.

Enfant, il s’est coupé du monde, s’enfermant dans le silence et les livres. On a cru à une déficience auditive, une maladie rare. Mais non, Karl était simplement ailleurs, dans son univers, protégé des assauts extérieurs. Il ne répondait plus aux sollicitations, se recroquevillait dans une solitude choisie mais douloureuse. Chaque interaction avec l’extérieur semblait une menace, chaque échange un risque à éviter. Il trouvait refuge dans les mots, présence silencieuse, ordonnée, qu’il pouvait contrôler.

Il voulait devenir artiste peintre, son père le lui a interdit. Il a voulu se retirer dans un monastère, il n’a pas trouvé la vocation… ni le calme tant attendu. Alors il s’est rangé, a suivi une formation de comptable, s’éloignant de ses rêves et de ses émotions. Mais bien sûr, Karl s’ennuyait. Empilé sous des formulaires et des chiffres, il étouffait.

Par l’intermédiaire de sa mère, comptable elle aussi et amie de l’une de mes amies, je fis sa connaissance, Désespérée, elle me supplia d’intervenir. Pour elle, pour lui ? Je n’ai pas osé poser la question et proposai des échanges en visio, une fois par semaine, avec son fils. Karl a tout de suite adhéré au principe. Étonnant !

Au début, il parlait peu. Lumière tamisée, écran interposé et longs moments d’inaction pendant lesquels il me partageait des musiques qu’il aimait beaucoup, très douces et tout en harmonie. Il me montrait également des tableaux qui lui procuraient un état de béatitude. Il notait dans le chat les noms des grands maîtres. Trente minutes hors du temps.

Peu à peu, il s’anima. Des phrases se formèrent puis s’allongèrent, les confidences naquirent. L’écran lui permettait de doser son implication, de reprendre confiance en lui, en l’autre, sans se sentir menacé.

Il racontait sa vie, ses envies, ses doutes, et avec son accord, j’enregistrais nos conversations. Un soir, il m’interrogea :

— Tout ce que vous enregistrez, vous en faites quoi ?

— Je renomme les fichiers et je les conserve dans un dossier.

— Alors, je vous demande de tout détruire.

Un silence plana. C’était dommage, de mon point de vue. Après un moment d’hésitation, il ajouta :

— Envoyez-les-moi d’abord.

Quelques jours plus tard, un ami de Karl me contacta. « C’est du tonnerre ! Il faut publier ça. Vous ne vous rendez pas compte ! »

Mais sans l’autorisation de Karl, impossible. Une publication était-elle souhaitable, d’ailleurs ?

Lorsque cet ami lui en parla, Karl hésita. Il ne voulait pas que sa famille soit au courant. « Alors choisissez un autre nom et imprimez quelques exemplaires rien que pour vous », lui proposai-je. Il réfléchit, puis accepta même de publier son texte sous un pseudo, mais à une condition :

« Aidez-moi à mettre en ordre tout ça. Côté publication, vous assurez aussi ? »

Je le rassurai sur ce point puis regroupai les textes selon des thématiques bien à lui. Sa chambre, refuge sacré, qu’il avait dessinée plusieurs fois tel Van Gogh. Ses coups de cœur musicaux. Le couple formé par ses parents, osmose en noir et blanc… Rien de chronologique. Karl validait ou modifiait mes suggestions, reprenant de plus en plus la main sur son texte en voie d’achèvement.

Lui qui avait toujours évité le monde, s’engageait pour la première fois dans un projet concret et personnel destiné au monde.

Karl avait le sentiment d’être enfin entendu sans subir. Son livre incarnait sa voix, une voix qu’il maîtrisait enfin. La parole, puis l’écriture, puis la publication lui ont permis de prendre les rennes de sa vie en transformant son isolement en partage.

𝘙é𝘤𝘪𝘵 𝘧𝘪𝘤𝘵𝘪𝘧. 𝘛𝘰𝘶𝘵𝘦 𝘳𝘦𝘴𝘴𝘦𝘮𝘣𝘭𝘢𝘯𝘤𝘦 𝘢𝘷𝘦𝘤 𝘥𝘦𝘴 𝘧𝘢𝘪𝘵𝘴 𝘰𝘶 𝘥𝘦𝘴 𝘱𝘦𝘳𝘴𝘰𝘯𝘯𝘢𝘨𝘦𝘴 𝘦𝘹𝘪𝘴𝘵𝘢𝘯𝘵𝘴 𝘰𝘶 𝘢𝘺𝘢𝘯𝘵 𝘦𝘹𝘪𝘴𝘵𝘦́ 𝘴𝘦𝘳𝘢𝘪𝘵 𝘱𝘶𝘳𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘧𝘰𝘳𝘵𝘶𝘪𝘵𝘦.

A celles et ceux qui n’osent pas toujours parler fort, rappelez-vous que
l’écriture est une force tranquille qui donne forme à l’invisible.

Publier sous un pseudonyme, garder certaines confidences pour soi… tout est possible.

L’essentiel est de commencer. Osez écrire et surtout, osez prendre votre place dans le monde.

  🤔 Vous avez envie de raconter votre histoire et vous vous posez mille questions ?

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